L’éternelle promesse

Transpercé par un timide et vaporeux rayon de soleil, le bleu dominant des vitraux de Chagall reflète sur l’office de la cathédrale de Chartres lorsque nous y pénétrons.
Avant de disparaître comme pour nous laisser seuls, un prêtre s’amuse de notre atypique présence, Patricia ne manque pas d’attirer l’attention du religieux lorsque l’accent Toulousain de la jeune femme résonne dans l’édifice encore peu fréquenté.
Instinctive, imprévue, surprenante, souvent déroutante, Patricia m’entraine dans ce lieu comme elle vit notre relation, au rythme des chansons à la mode, de ses humeurs alternant entre l’euphorie et une profonde tristesse, une présence si accaparante que je ne pense pas un instant à m’interroger sur sa propre vie.

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Les excuses du ciel

Le parfum chic de Patricia colore les pièces de ma maison de célibataire, une élégance féminine, comme pour y rester longtemps.
Ses yeux grands yeux noirs m’intimident tellement que je n’ose pas soutenir son regard, je tente de me donner un faux air mal assuré probablement ridicule mais qui m’aide à vaincre mon incontrôlable nervosité latente qui ne me quitte pas depuis notre rencontre.
Aujourd’hui encore je ressens ce mal être angoissant au fond de moi, un héritage sentimental douloureux que m’a laissé Patricia qui ne s’efface jamais, une peur indescriptible, la crainte de me retrouver brusquement seul, loin d’elle.
De tels amours ne se terminent jamais bien, ils sont trop violents pour durer une vie entière.
–   Notre chanson ..!!
Patricia murmure et m’invite à danser, le vinyle de Charlélie Couture résonne pour la énième fois sur un vieux tourne disque orange que m’a prêté Olivier quelques heures plus tôt.
Une invitation mélodique à l’aimer encore et encore.

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Légitime violence

Le juge m’a accordé cette faveur : Pointer chaque jeudi au commissariat plutôt qu’à la gendarmerie, au travers de mes déboires avec les militaires, le magistrat a vite compris que cela ne ferait qu’aggraver la situation vu le rapport de force que j’entretiens avec les « bleus » depuis toujours.
Par un heureux hasard le commissaire en personne me reçoit pour mon premier émargement.
Une rapide signature dans une case soigneusement tracée en haut à droite d’une feuille blanche qu’il me désigne avec son doigt avant de classer le tout dans une chemise en carton ou il inscrit mon nom puis griffonne quelques abréviations administratives incompréhensibles pour moi.
Le policier me conseille de passer à l’hospital présenter mes excuses au chauffeur de taxi, ce que je ne ferai jamais, je me limite à rembourser les dégâts inlassablement, mois après mois.
En quittant son bureau, l’homme m’interpelle, soucieux de connaître mes véritables raisons d’avoir agressé un innocent, je lui rétorque aussitôt :

C’est de la légitime violence !!
Tiens donc, de la légitime violence ? , C’est pas dans le code pénal ce truc là !!
Oui, je sais, mon avocat me l’a déjà dit…

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Un taxi pour l’enfer

A cab at high speed on a motorway in an urban area with the lit taxi sign on top of its roof

Je ne tiens pas debout, une violente douleur au ventre m’oblige à m’agenouiller, je m’affale face contre terre sans tenter de protéger mon visage qui amortit le choc, mon esprit délire, j’ai l’impression de me noyer lentement, de me disperser en fumée dans un épais brouillard.
Je n’entends plus aucun son d’une nature habituellement si accueillante, le mélange machiavélique vodka – somnifères dérobés à Patricia commence lentement à endormir mon corps et mon esprit, comme je l’ai souhaité quelques minutes plus tôt.

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Patricia

L’hiver de l’année 1988 se termine, un samedi matin nous sommes tous attablés depuis l’aube près de la piscine de la maison de Patrick, comme cela nous arrive parfois lorsque l’un d’entre nous n’est pas trop motivé pour rouler en vélo quelques kilomètres au travers des routes de la vallée de la Chevreuse.
L’air est doux, presque printanier, une sorte d’été indien prématuré qui nous retient sur place.
L’occasion pour le maître des lieux de profiter de sa petite famille installée dans cette maison bourgeoise trop grande pour nous tous, ses fillettes avalent un à un les croissants que Véronique a acheté quelques minutes plus tôt.
L’épouse de Patrick reste distante, silencieuse, ruminant en secret toute la haine qu’elle a envers notre petit groupe qui monopolise son mari la plupart du temps, ses absences répétées du domicile conjugal commencent à peser sur l’ambiance dans le couple.

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