l’Irlandaise ( 2/3 )

Derrière la barrière en bois blanc, d’épaisses ronces entrelacent des rosiers mal entretenus formant ainsi de disgracieuses figures géométriques végétales, une croissance naturelle non contrôlée depuis quelques mois, il ne reste rien du jardin d’exception qui forçait l’attention des voisins.
La fière Irlandaise ne fait pas dans le détail, le parterre d’églantiers ne résiste pas à son poing levé, acceptant leur destin, les épineux plient un à un devant la maîtresse des lieux.
Je vous remets les clefs mais la porte sera ouverte..!!
Le notaire prévenu le matin même s’est assuré discrètement de l’état de la maison avant l’arrivée de la propriétaire.

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l’Irlandaise ( 1/3 )

Elle me désigne avec son index ce qu’il reste de sa vie, une maison jaune et bleue située à Athlone en Irlande, un cliché rare et défraichi de ses parents qu’elle zappe rapidement puis le portrait peint d’un chien labrador disparu quelques années plus tôt.
La photo originale de l’animal en bonne place sur le marbre du buffet, la femme ne manque pas de me faire remarquer avec fierté la parfaite ressemblance de la reproduction gouachée, tout en m’avouant être l’auteure de la peinture de son regretté canin.
Pas de supposé mari militaire décoré ou héros de la dernière guerre, encore moins de sourires d’enfants lui ressemblant un peu, glissée entre deux pages une carte postale en couleur, au verso trois mots griffonnés à la hâte, tout se passe bien pour ceux qui ont oublié la destinataire.
La locataire des lieux use seule chacun de ses jours, sans passé apparent, ses mains dénudées de la moindre trace de bague, un crucifix en plaqué or suspendu à un long et fin collier, pas vraiment une coquetterie, une marque discrète de sa croyance catholique pratiquante.
Protégée du vent du nord par un long manteau noir sur une falaise abrupte, de longs cheveux roux étincelants à 14 ans, 10 ans plus tard fuyant l’objectif sur les bords du Lac Connemara, à 50 ans devant l’Empire State Building, toujours seule, je lui demande avec curiosité qui prend les photos, un long silence pour unique réponse.
Son regard d’Irlandaise me somme de ne plus poser de questions, l’histoire s’arrête là, enfin au moins la sienne.

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Les 5 dernières minutes

Le commissaire divisionnaire frappe sèchement la paume de sa main gauche avec son poing droit, se tourne vers la caméra avec un sourire interrogateur, culpabilise presque le spectateur incrédule que je suis de n’avoir rien remarqué.
 « Bon dieu, mais c’est bien sur !!  »
Les effets de jeux de l’acteur principal portent tout autant lors des multiples rediffusions qu’à l’époque ou la série captivait ceux qui pouvaient s’acheter un poste de télévision et découvrir en direct le premier épisode datant de l’année de ma naissance.
Trente deux ans plus tard, seul dans mon studio Rémois, l’éclat de l’image scintillante contraste avec la noirceur de la rue profondément endormie.
Le tic-tac perpétuel du réveil, l’aiguille des minutes atteint péniblement le chiffre 12, mécanisme synchronisé avec sa petite jumelle dont la position sur le 3 rattrapera bientôt l’alerte rouge indiquant la fin de mes faibles espoirs de sommeil.
Le générique de la série retentit, je baisse machinalement le son, enrage de n’avoir pu résoudre l’énigme avant le comédien, son personnage plutôt sympathique et courtois ne ressemble en rien aux véritables commissaires et autres inspecteurs rencontrés pour diverses raisons dans ma vie réelle
Cette nuit là, préoccupé par ma principale activité nocturne : Jouer les enquêteurs de police, je n’imagine pas une seconde que deux années plus tard, à l’heure près, dans les mêmes circonstances, avant que Raymond Souplex ne m’énerve une fois de plus, le téléphone retentira dans une autre ville pour m’annoncer que je suis papa.

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Ce que je sais de moi.

Jour anniversaire pour ce blog.

Les souvenirs chaotiques de mes premiers récits témoignent d’à peine 30 ans de ma vie dans un ostensible journal né précisément en Août 2015 après une conversation avec un ami pilote de ligne – écrivain exilé aux Etats Unis.
Lorsque je lui ai demandé par quoi je devais commencer, il m’a simplement répondu :

« Aussi loin que tu te souviennes, écris comme tu es dans la vie, le reste viendra tout seul... »

Pas facile alors que je me suis toujours efforcé d’effacer toute trace de mon existence derrière moi afin qu’il n’en reste rien.
Ecrire sa vie vous perd entre ce que vous êtes et ce que vous ne serez jamais plus.
Les jours fériés, le nouvel an, les saints de mes églises, le 25 décembre, tout ce qui ressemble à un anniversaire a disparu de mes calendriers depuis très longtemps.
Mon entourage s’en est plus ou moins bien accoutumé, au final, une bougie de plus pour une année en moins, un décompte inversé qui rend les gens heureux mais m’angoisse ostensiblement lorsque je suis concerné.
Malgré tout, cher blog et fidèles lecteurs à qui je confie ce que je sais de moi, souhaitons bon anniversaire au « Liens de sans ».

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