l’Irlandaise ( 1/3 )

Elle me désigne avec son index ce qu’il reste de sa vie, une maison jaune et bleue située à Athlone en Irlande, un cliché rare et défraichi de ses parents qu’elle zappe rapidement puis le portrait peint d’un chien labrador disparu quelques années plus tôt.
La photo originale de l’animal en bonne place sur le marbre du buffet, la femme ne manque pas de me faire remarquer avec fierté la parfaite ressemblance de la reproduction gouachée, tout en m’avouant être l’auteure de la peinture de son regretté canin.
Pas de supposé mari militaire décoré ou héros de la dernière guerre, encore moins de sourires d’enfants lui ressemblant un peu, glissée entre deux pages une carte postale en couleur, au verso trois mots griffonnés à la hâte, tout se passe bien pour ceux qui ont oublié la destinataire.
La locataire des lieux use seule chacun de ses jours, sans passé apparent, ses mains dénudées de la moindre trace de bague, un crucifix en plaqué or suspendu à un long et fin collier, pas vraiment une coquetterie, une marque discrète de sa croyance catholique pratiquante.
Protégée du vent du nord par un long manteau noir sur une falaise abrupte, de longs cheveux roux étincelants à 14 ans, 10 ans plus tard fuyant l’objectif sur les bords du Lac Connemara, à 50 ans devant l’Empire State Building, toujours seule, je lui demande avec curiosité qui prend les photos, un long silence pour unique réponse.
Son regard d’Irlandaise me somme de ne plus poser de questions, l’histoire s’arrête là, enfin au moins la sienne.

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