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Le commissaire divisionnaire frappe sèchement la paume de sa main gauche avec son poing droit, se tourne vers la caméra avec un sourire interrogateur, culpabilise presque le spectateur incrédule que je suis de n’avoir rien remarqué.
 « Bon dieu, mais c’est bien sur !!  »
Les effets de jeux de l’acteur principal portent tout autant lors des multiples rediffusions qu’à l’époque ou la série captivait ceux qui pouvaient s’acheter un poste de télévision et découvrir en direct le premier épisode datant de l’année de ma naissance.
Trente deux ans plus tard, seul dans mon studio Rémois, l’éclat de l’image scintillante contraste avec la noirceur de la rue profondément endormie.
Le tic-tac perpétuel du réveil, l’aiguille des minutes atteint péniblement le chiffre 12, mécanisme synchronisé avec sa petite jumelle dont la position sur le 3 rattrapera bientôt l’alerte rouge indiquant la fin de mes faibles espoirs de sommeil.
Le générique de la série retentit, je baisse machinalement le son, enrage de n’avoir pu résoudre l’énigme avant le comédien, son personnage plutôt sympathique et courtois ne ressemble en rien aux véritables commissaires et autres inspecteurs rencontrés pour diverses raisons dans ma vie réelle
Cette nuit là, préoccupé par ma principale activité nocturne : Jouer les enquêteurs de police, je n’imagine pas une seconde que deux années plus tard, à l’heure près, dans les mêmes circonstances, avant que Raymond Souplex ne m’énerve une fois de plus, le téléphone retentira dans une autre ville pour m’annoncer que je suis papa.

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